Le peintre intrépide

Suzanne Obrecht a souffert de "la mort de l'art " annoncée par Marcel Duchamp, voici quatre-vingts ans. "C'était pour moi le déni du peintre que je suis", dit-elle. Suzanne, une intellectuelle ? Peindre n'empêche pas de penser ! Je peins d'abord, et ma pensée s'organise ensuite, à partir de la peinture."
Au départ, elle dessinait et avait dans les doigts des centaines d'heures de croquis-souvenirs des Arts décoratifs ainsi qu'une réflexion sur l'histoire de l'art. Et soudain, ce fut le chaos. De cet ébranlement naîtra un peintre.
"Quand j'ai commencé, j'avais la technique, la maturité et l'urgence." Dès le début, tout y est ! Une peinture pétrie de couleurs et parcourue d'énergie. "Mon oeuvre était presque abstraite", avoue-t-elle. D'ailleurs, Suzanne appelait toutes ses toiles des autoportraits, une manière de s'approprier la réalité et de la restituer avec une liberté absolue.
Sa peinture a été bouleversée après un séjour d'un an à Boston, ville jumelle de Strasbourg où elle a organisé des échanges d'ateliers, opération poursuivie par une exposition de dix artistes bostoniens à La Laiterie, en janvier dernier.
Aujourd'hui, Suzanne fait des portraits et travaille sur la perception de l'autre.
Même si son atelier reste le seul lieu dans lequel elle ne perdra jamais son temps, elle annonce déjà, avec une détermination redoutable, son désir de repartir.

Anne Herriot in Strasboug Magazine Mars 1997

 

 


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